JustPaste
HomeCategoriesAboutDonateContactTerms of UsePrivacy Policy
JustPaste

Free online notepad — write and share instantly

Navigate

  • Home
  • Timeline
  • Categories

Info

  • About
  • Donate
  • Contact

Legal

  • Terms of Use
  • Privacy Policy

© 2026 JustPaste.app. All rights reserved.

Made with ♥ by JustPaste

Qui suis je | JustPaste.app
26 days ago4 views
✍️Creative Writing

Qui suis je

Texte à moi même

Qui suis-je?

Il y a des personnes qui existent en ce monde qui sont entières, naturelles, vraies, sans filtre. Qui arrivent quelque part et qui simplement sont là.

J'aimerais être ce genre de personne.

J'aimerais.

Mais ce n'est pas encore ce que je suis.

J'ai du mal à trouver mes mots. Pas les mots des autres, pas ceux qu'on emprunte pour paraître, pour convaincre, pour débattre. Les miens. Ceux qui disent ce que je suis, ce que je ressens, ce que je veux vraiment. Surtout en face de quelqu'un qui les manie mieux que moi. Surtout quand ça compte.

J'ai longtemps confondu l'intelligence des mots avec la connaissance de soi. Comme si savoir nommer les choses suffisait à les comprendre. Comme si analyser sa propre mécanique équivalait à la maîtriser. Ça n'a rien à voir. On peut tout décortiquer et ne rien ressentir. Je commence à le comprendre.

Ce qui se passe chez moi est plus profond que je l'imaginais. Un château de cartes que je pensais solide, impénétrable, immuable, mais qui inévitablement n'en reste pas moins un château de cartes. Je me suis construit comme ça ; chaque facette de ma personnalité est une carte qui, en s'assemblant, forme un tout uni : moi.

Mais quand chacune de ces cartes peut s'envoler au moindre coup de vent, les fondations mêmes de ce que je suis vacillent. Quand le socle de cette construction est un ensemble d'émotions contradictoires, comment voulez-vous que je puisse être.

Je me suis construit sur cette base, fonctionnelle, utile. Je suis vivant, j'avance, je marche, je mange. Mais il y a un prix ; le prix de ne pas être. Ce fameux verbe, conjugué à plusieurs temps et qui définit tant de choses. Le savoir-être, l'être humain, être ou ne pas être. De tout temps, cette question taraude l'esprit humain.

Et moi, dans mon château de cartes de l'être que je suis, je vacille, je chavire ; le vent souffle sur la Bretagne armoricaine.

Le problème avec les châteaux de cartes, ce n'est pas qu'ils s'effondrent. C'est qu'on finit par les confondre avec soi-même. Par croire que cette architecture précaire, tenue par l'équilibre et la prudence, c'est ce qu'on est. Alors on la protège. On surveille le vent. On garde ses distances avec tout ce qui pourrait souffler trop fort.

Avec tout ce qui pourrait compter vraiment.

Je me suis construit sur cette base qui me protégeait à une époque où je le devais, au risque de perdre la tête. Se protéger, mettre de la distance, raisonner froidement, analyser la situation. Tout pour ne pas vivre.

Et puis c'est arrivé.

Il s'est passé quelque chose qui m'a fait prendre conscience que ce que j'étais était fait pour ce moment-là. Dans sa substance, c'est simple. Je me projetais, je virevoltais au gré du vent, naviguant avec l'espoir quasi certain que j'allais à bon port. Je me projetais aisément, imaginant ce que serait l'avenir dans un jour, un mois, un an, si ce n'est plus.

Ce n'était qu'une caresse, un souffle nouveau qui réchauffait toutes les limbes de mon corps. Je me sentais léger.

Heureux.

Je n'avais plus de barrières, enfin, moins qu'avant. Et elles sautaient les unes après les autres. Peut-être était-ce dû à l'absence de proximité physique qui me faisait baisser ma garde ; je n'aurais pas à subir les conséquences d'un arrêt brutal.

Mais il fallait dépasser cette transe.

Et puis je l'ai vu.

Et quelque chose s'est refermé en moi, aussi soudainement que c'était apparu. Non pas par manque de désir. Non plus par indifférence. Par peur. Peur d'être différent de ce que j'avais rêvé d'être. Cette peur sourde, automatique, qui n'attend pas qu'on lui demande son avis, mais qui vient se nicher, imperceptiblement, dans chaque fibre de ton être. Être ; encore ce mot.

Je le voyais. Je voyais le décalage se creuser, et je continuais quand même. Spectateur de moi-même, incapable d'intervenir.

Et c'est ce qui est resté. La conscience d'avoir vu cet entrelacement de sentiments positifs se défaire en temps réel. Être spectateur d'une chute sans fin, sans trouver le moyen d'arrêter cette fuite.

Comme si savoir n'était pas suffisant pour être. Comme si comprendre et agir étaient encore deux pays différents pour moi.

La congruence. Ce mot, je l'ai découvert à travers quelqu'un d'autre, et il est devenu le mien. Être en accord avec ce qu'on pense, ce qu'on dit, ce qu'on fait. Trois choses qui devraient aller de soi, et qui pourtant, pour moi, semblaient appartenir à des mondes parallèles. Ce jour-là, je n'étais pas congruent. Je pensais une chose, je disais une autre, je faisais le reste. Trois hommes dans un seul corps, aucun d'eux vraiment là.

Et entre nous, quelque chose de fragile et de rare est mort avant d'avoir vécu. Mort-né ; pas d'une incompatibilité profonde, pas d'un manque de désir, mais de cette incapacité que j'avais ce jour-là à être simplement ce que j'étais les jours d'avant. À être congruent. À laisser le château de cartes là où il était, et d'arriver, pour une fois, les mains vides.

Mais c'est ce qui me reste.

Je ne m'apitoierai pas sur mon sort, ni sur ce qui s'est passé. Je veux être honnête, ou du moins essayer de l'être, que ce soit envers moi. Ou toi. Je me parle à moi-même, je peux donc dire toi, non ?

Je sais que tu veux aimer, que tu veux être aimé. Profondément, sincèrement et de tout ton être. Tu veux construire, prendre soin, être là de manière aussi concrète qu'abstraite. Construire le quotidien d'un millier de petites attentions, de délicats moments de détente. Tout comme prévoir au millimètre près ce voyage, raisonner froidement pour finaliser ton dossier administratif, ton budget.

Tu as besoin autant que tu veux donner, Valentin.

Mais entre ce que je veux et ce que je fais, il y a un espace. Et dans cet espace, il y a quelque chose que je ne contrôle pas encore. Quelque chose qui me met en défaut entre qui je suis et qui je serais.

Ce qui me touche, c'est que je sais maintenant que cet espace peut se réduire, qu'il peut même disparaître. En l'espace d'une semaine, j'ai entrapercé quelque chose. Et tu sais quoi, Valentin ? Tu n'es pas le seul. Elle l'a aussi vu.

Et c'est encore plus dur de savoir que quelque chose existait là ; quelque chose de fragile, de rare, qui portait en lui toutes les promesses d'une histoire possible. Et que ce quelque chose est mort avant d'avoir vécu. Je ne sais pas si c'était elle, moi ou le moment. Sans doute les trois à la fois.

Ce que je sais, c'est que j'ai vu des choses que je ne peux plus ignorer. Il m'est impossible de faire marche arrière.

Et c'est la seule chose à retenir de ce qui s'est passé, la seule chose qui me fera avancer.

Le reste finira par se déposer, délicatement, sur le bord du chemin que j'emprunte tout au long de ma vie. Une expérience, une anecdote, un regret, une amertume.

Comme tout ce que l'on porte finit par se déposer, un jour, quand on arrête de courir après une chimère.

Je commence enfin à m'arrêter de courir, pour exister, et être.

← Back to timeline